Observation : Le Syndrome du "C'est Comme Uber, Mais Pour..."
Un schéma récurrent dans l'écosystème tech francophone : pitcher son produit comme la version locale d'un produit américain. Pourquoi c'est un piège.
Je l'entends dans chaque conférence tech à Dakar, chaque pitch competition à Abidjan : "C'est comme Uber, mais pour le transport de marchandises en Afrique de l'Ouest." "C'est comme Airbnb, mais pour les locations au Sénégal." "C'est comme Notion, mais en français."
Le schéma
Étape 1 : Un entrepreneur identifie un vrai problème local.
Étape 2 : Pour le pitcher (aux investisseurs, aux médias, aux partenaires), il le cadre comme "le X américain, mais pour Y." Parce que c'est plus facile à comprendre.
Étape 3 : Le cadrage influence le produit. L'équipe commence à copier les fonctionnalités du modèle américain au lieu de résoudre le problème local.
Étape 4 : Le produit ne colle pas au marché. Parce que le marché n'est pas une version miniature du marché américain.
Pourquoi c'est un piège
Le pitch "c'est comme X mais pour Y" semble efficace, mais il encode trois hypothèses dangereuses :
Les trois sont souvent fausses.
L'alternative
Décrivez le problème. Pas la solution de quelqu'un d'autre. Les meilleurs produits africains — Wave, M-Pesa, Jumia (dans ses bons jours) — ne sont pas "comme" un produit américain. Ils sont la réponse directe à un besoin local.
Cessez de pitcher des analogies. Pitchez des problèmes.